Australie 07

• samedi 17 mai 2008 - 15 mai 2008

Me voici de retour à Lytton, BC. Un véritable retour, dans les règles de l'art.

 Se perdre dans le système de transport en commun, trouver un moyen de ne pas repayer le ticket échoué et croiser le regard de cet inconnu.

 Marcher, confidente, alors que je vois le signe prohibant ma présence sur ce territoire carbonisé. L'air déplacée, le bruit de smoteurs, le sable contre sa peau. Le soleil qui me fait plier les yeux alors que j'expose fièrement ce morceau de carton au regard de tous. LYTTON y est incrit en grosses lettres bleues qui ont été tracées une à une, comme un sentier vers la libération véritable. L'angoisse causée par l'incertitude qu'amène les premières minutes de cette aventure. 

 La poussière se lève, les roues ralentissent pour finalement s'arrêter et la portière s'ouvre sur une autre réalité. Québécoise celle-là et sur 18 roues. Les pointillés qui défilent à vitesse folle, comparativement aux montagnes qui se détaillent tranquillement.

 Pouf. Retour à la réalité carbonisée au milieu de nul part. Hope est le mot d'ordre. Quelques pas et quelques regards étranges plus tard, me revoici en position initiale, à brandir mes fibres papiers, en recherche d'un navire pour m'amener jusqu'à cette délivrance.

 Pouf. Retour à la réalité carbonisée au milieu de nul part, prise deux. Voilà précisémment ma décision, le milieu de nul part. Le soleil est plus chaud, le ciel plus bleu, les montagnes plus hautes, la rivière plus étroite et colérique, les peaux plus foncées et les sourcils plus froncés. Les vitrines fermées m'attrapent le regard, comme pour me rappeler que je suis de retour au far west. Qu'ici, ce que tu es compte plus que ce que tu as, et que ta vie appartient à ces rues. À ces bancs qui ont vu trop de sang et de soleil. À ce pavé, étouffé par le carbone, qui résiste chaque jour le poids de ces histoires sombres déambulant. C'est la réalité. Non plus carbonique, mais plutôt pathétique. 

 Arrêt à l'embryon du village, question de me nourrir d'informations et de transporter ma voix sur les ondes téléphoniques. Voix perdue dans les chiffres qui s'entrecroisent.

Végétaux, atteignant enfin mon estomac qui s'écrit victoire comme le ferait un obèse à la fin du 42e kilomètre. Les regards qui se questionnent plus que jamais et le crayon qui grifonne.

Pouf. Retour à la réalité. Monétaire. Puis, à nouveau, nul part. Et ce nul par fut, le temps d'un moment, un espace vert. Et orange aussi, blâme à la race humaine.

Et voilà, une première et dernière véritable retrouvaille. Ami, collègue de travail, confident par défaut. Réaliser que le temps s'écoule et que parfois tout semble être figé au même moment. Une présence à la fois absente et dérageante. J'imagine que dans l'obscur et l'incertain on finit par se perdre. Et la mort frappe.

Libération. Attente. Attaque. Délivrance. Enfin. Coeur léger. Tête explosée.

Joindre la fête sans vraiment m'y mêler. Comme l'eau qui se sépare de l'huile. Perception changeante d'une réalité fixe. Observer une société de laquelle je fais partie, en sachant toutefois que je ne m'y identifie pas. Peut-on forcer un sentiment d'appartenance? Conversation obligée d'une haleine alcolisée et dispersée. Ce rire, jaune, perdu, qui éclate comme le cri sauvage d'une peuplade qui s'extinct. Les décibels qui résonnent, provenant de ce temps perdu où tout semble s'être arrêté ici. Le cyanur et le goudront voyagent dans l'air, détruisant les poumons de tous ceux qui "s'amusent". Amusement à toute saveur, sous toute condition, pour oublier la sienne quelques secondes.

 Le dos contre le bois froid, l'eau qui coule et le son de ces milliers de gouttelettes qui montent et redescendent. Le réveil constant, persuadée de mon état de suspect, cherchant à justifier ma présence. Et mes rêves, déterminés à me rappelerle traumatisme.

Les oiseaux, le ciel bleu qui se montre. L'air frais, froid même, qui réveille mes muscles capricieux endoloris par cette épreuve. Déambuler, moitié éveillée, à la recherche de la dame blanche qui ne se montre qu'un tour d'horloge plus tard. Végétaux dans mon estomac, prise 2.

L'ombre bleue s'approche, s'arrête et repart aussi vite. Emportant avec elle les rêves d'une jeunesse éveillée. Retour à la réalité carbonisée, sablonneuse. Dix-huit roues. Puis quatre. Ensuite les lignes. Et la porte. Enfin un sourire. 

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